Club deal : à partir de quand devient-il un Autre FIA ? Définition, critères et risques
- emmanuel seviran
- 20 avr.
- 4 min de lecture
Introduction : une frontière de plus en plus surveillée
Le club deal s’est imposé ces dernières années comme une solution souple pour investir dans le non coté. Il permet de réunir plusieurs investisseurs autour d’une opportunité identifiée, souvent via une structure dédiée, sans passer par un fonds d’investissement classique.
Mais avec la montée en puissance du private equity et l’élargissement de la base d’investisseurs, une question réglementaire devient centrale :
A partir de quand un club deal peut-il être requalifié en “Autre FIA” (Fonds d’Investissement Alternatif) ?
Cette question est loin d’être théorique. Elle conditionne le cadre juridique applicable, les obligations réglementaires, et surtout le niveau de risque pour les structurations et les distributeurs.

Qu’est-ce qu’un Autre FIA ? (définition simple et réglementaire)
Un FIA (Fonds d’Investissement Alternatif) est défini, notamment au niveau européen (directive AIFM) et en droit français (Code monétaire et financier), comme un véhicule qui :
lève des capitaux auprès de plusieurs investisseurs
dans le but de les investir dans leur intérêt
selon une politique d’investissement définie
Cette définition est volontairement large.
Elle ne dépend ni du nom du véhicule, ni de sa forme juridique. Un “club deal” peut donc, dans certains cas, être juridiquement requalifié en FIA s’il remplit ces critères.
Club deal vs FIA : une différence de logique avant tout
Dans son esprit initial, un club deal repose sur une logique simple :
une opération unique identifiée à l’avance
des investisseurs qui décident en connaissance de cause
une absence de gestion discrétionnaire
À l’inverse, un FIA introduit une logique différente :
une allocation de capital dans le temps
une gestion dans l’intérêt collectif des investisseurs
une politique d’investissement, explicite ou implicite
La différence ne tient donc pas à la structure, mais à la manière dont elle est utilisée.
Les critères de requalification d’un club deal en Autre FIA
En pratique, les régulateurs s’appuient sur un faisceau d’indices pour apprécier la qualification. Aucun critère n’est suffisant à lui seul, mais leur combinaison peut entraîner une requalification.
1. L’existence d’une politique d’investissement
Un des critères les plus déterminants est l’existence d’une politique d’investissement, même non formalisée.
C’est le cas lorsque le véhicule peut :
investir dans plusieurs actifs
réaliser des investissements successifs
saisir des opportunités non définies à l’origine
Dès lors, on bascule vers une logique de gestion, caractéristique d’un FIA.
2. Des investissements non déterminés à l’avance
Un club deal “sécurisé” repose généralement sur :
un actif unique
connu dès la constitution du véhicule
À l’inverse, si le véhicule peut :
investir ultérieurement dans de nouveaux instruments
ou renforcer sa position dans des conditions non définies initialement
Il devient difficile d’exclure la qualification de FIA.
L’Autorité des marchés financiers a déjà indiqué que ce type de mécanisme constituait un facteur de risque significatif.
3. Une délégation de décision (gestion discrétionnaire)
Un autre critère clé est le niveau de contrôle des investisseurs.
Dans un club deal :
les décisions sont prises en amont
les investisseurs gardent une forme de maîtrise
Dans un FIA :
les décisions sont déléguées
un tiers agit dans l’intérêt collectif
Plus les investisseurs perdent le contrôle opérationnel, plus le risque de requalification augmente.
4. Une logique de portefeuille ou d’allocation
Même en présence d’une seule cible, la qualification peut évoluer si :
plusieurs instruments sont acquis dans le temps
des arbitrages sont possibles
une stratégie d’allocation se met en place
La logique n’est plus celle d’un investissement unique, mais d’un portefeuille.
5. Une communication assimilable à un produit de gestion
La manière dont une opération est présentée peut également être déterminante.
Par exemple :
mise en avant d’un rendement global
présentation d’une stratégie d’investissement
discours orienté “performance”
Ces éléments peuvent rapprocher le véhicule d’un produit de gestion collective.
Position des régulateurs : une approche pragmatique
La position des régulateurs, notamment de l’Autorité des marchés financiers, est cohérente et pragmatique :
Ce n’est pas la qualification affichée qui compte, mais la réalité du fonctionnement
Ainsi :
un véhicule présenté comme un club deal peut être requalifié
même s’il est juridiquement structuré de manière simple
Plusieurs décisions de sanction ont d’ailleurs rappelé que certains montages relevaient en réalité du régime des FIA.
Pourquoi le sujet devient stratégique aujourd’hui
La question de la qualification FIA est devenue centrale pour plusieurs raisons :
démocratisation du non coté
augmentation des montants collectés
implication accrue des CGP et intermédiaires
renforcement du contrôle réglementaire
Le niveau d’exigence a clairement augmenté.
Des structurations tolérées il y a quelques années peuvent aujourd’hui être remises en cause.
Sécuriser un club deal : un enjeu de structuration et de distribution
Dans ce contexte, la structuration d’un club deal ne peut plus être improvisée.
Les enjeux sont multiples :
éviter une requalification en FIA non maîtrisée
sécuriser juridiquement le montage
encadrer la distribution auprès des investisseurs
Cela suppose une approche rigoureuse, tant sur le plan juridique que réglementaire.
Le recours à un acteur disposant d’un statut d’entreprise d’investissement (PSI) permet notamment :
d’encadrer la structuration en amont
d’assurer une distribution conforme aux exigences MIFID II
de documenter les processus et les décisions
Conclusion : une question de réalité économique
Le club deal reste un outil pertinent dans le non coté.
Mais sa qualification dépend désormais d’une analyse fine de son fonctionnement réel.
La vraie question n’est plus :“est-ce un club deal ?”
Mais : “fonctionne-t-il comme un véhicule de gestion collective ?”
C’est cette lecture économique, plus que juridique, qui détermine aujourd’hui le niveau de risque réglementaire.
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